PPL(A) Théorie · Principes du vol · PPL — Base de connaissances

Centrage

Le centre de gravité n'est pas un point fixe gravé dans l'avion — il bouge à chaque vol, selon qui monte à bord et où on range les bagages. Le manuel de vol fixe une plage autorisée pour ce point, parce qu'en sortir n'est pas un simple inconfort : c'est un risque réel de ne plus pouvoir contrôler l'avion en tangage.

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D'abord, une distinction : masse et poids

MASSE m kg — quantité de matière × PESANTEUR g ≈ 9,81 m/s² — gravité = POIDS P N ou daN — une force

Avant de parler de centrage, il faut bien séparer deux mots qu'on confond à l'oral. La masse, c'est la quantité de matière d'un objet — elle se mesure en kilogrammes et ne change jamais, où que soit l'objet. Le poids, c'est une force : la masse tirée vers le bas par la gravité. La formule est simple : Poids = masse × g, où g est l'accélération de la pesanteur (environ 9,81 m/s² sur Terre). Le poids se mesure en newtons (N) ou en décanewtons (daN), pas en kilos.

Pourquoi cette nuance compte ici Le centrage, c'est une question de répartition des masses à bord (qui pèse quoi, et où). Mais c'est le poids de chaque masse — la force qu'elle exerce vers le bas, à un endroit précis du fuselage — qui crée l'effet de levier qui déplace le centre de gravité. Masse et poids sont liés par cette formule, mais ce ne sont pas la même grandeur.
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Le CG n'est pas un point fixe : il dépend du chargement

PAX AVANT PAX ARRIÈRE BAGAGES ESSENCE (ailes) CG = résultante de tous ces poids

Le centre de gravité (CG), c'est le point où l'on peut considérer que tout le poids de l'avion est concentré. Ce n'est pas une pièce de l'avion ni un point marqué une fois pour toutes à l'usine : sa position dépend de la répartition des charges à bord — qui est assis où, où sont rangés les bagages, combien il reste d'essence et dans quel réservoir.

Change un seul de ces éléments (un passager de plus à l'arrière, des bagages en plus dans la soute, du carburant consommé pendant le vol) et le CG se déplace. C'est pour ça qu'on calcule le centrage à chaque vol, pas une fois pour l'avion en général.

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La zone de centrage autorisée

LIMITE ARRIÈRE LIMITE AVANT CG — position réelle (varie selon le chargement) FOYER AÉRODYNAMIQUE (repère fixe sur l'aile) bras de levier de la profondeur (empennage ↔ CG)

Le centrage, c'est la position du CG exprimée en pourcentage de la corde moyenne de l'aile (la distance entre le bord d'attaque et le bord de fuite), ou parfois en distance depuis un point de référence fixe de l'avion. Le manuel de vol (POH) fixe une limite avant et une limite arrière pour cette position : c'est l'enveloppe de centrage autorisée, propre à chaque type d'avion et à chaque masse.

Le CG doit rester proche du foyer aérodynamique de l'aile — un point de référence fixe, lui, sur la voilure. Pourquoi cette contrainte existe : c'est la distance entre le CG et l'empennage horizontal (à l'arrière) qui donne à la gouverne de profondeur son bras de levier, donc sa capacité à contrôler et stabiliser l'avion en tangage (le mouvement du nez qui monte ou descend), quelle que soit la configuration de vol.

Plus le CG s'éloigne du foyer — vers l'avant ou vers l'arrière — plus ce bras de levier change, et plus la maniabilité de l'avion en tangage évolue avec lui. C'est ce mécanisme précis qui explique les deux cas limites détaillés juste après.

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CG trop en arrière : la limite arrière dépassée

CG — en arrière de la limite bras de levier réduit tendance à CABRER (nez qui monte tout seul)

Si le CG se retrouve en arrière de la limite arrière autorisée, l'avion prend une tendance naturelle à cabrer (le nez monte tout seul). Le problème, c'est que le CG étant plus proche de l'empennage, le bras de levier de la gouverne de profondeur se réduit d'autant — elle a donc moins de force pour ramener le nez à piquer.

Le risque concret : se retrouver incapable de manœuvrer l'avion autour de l'axe de tangage. Ce n'est pas juste un vol moins confortable — c'est une vraie perte de contrôle possible, la gouverne pouvant manquer d'autorité pour compenser la tendance à cabrer.

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CG trop en avant : la limite avant dépassée

CG — en avant de la limite bras de levier plus long — mais insuffisant quand même braquage max tendance à PIQUER (nez qui descend tout seul)

Si le CG se retrouve en avant de la limite avant autorisée, c'est l'inverse : l'avion prend une tendance naturelle à piquer (le nez descend tout seul). Cette fois, le contrôle en tangage peut devenir insuffisant même avec un braquage maximal de la gouverne de profondeur — toute la course de la commande ne suffit plus à lever le nez.

Ce cas est particulièrement critique à l'atterrissage : pour arrondir (lever légèrement le nez juste avant que les roues touchent le sol), il faut de la puissance de cabrer disponible. Avec un CG trop avant, cette puissance peut manquer pile au moment où on en a le plus besoin.

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Dans les deux cas : perte de contrôle en tangage

Centrage hors limitesTendance naturelleCe qui peut manquer
Trop avantÀ piquer (nez bas)Puissance de cabrer — même à braquage maximal, critique à l'atterrissage
Trop arrièreÀ cabrer (nez haut)Autorité de la gouverne pour ramener à piquer
Piège classique Voler avec un CG hors de sa plage autorisée — avant ou arrière, peu importe le sens — n'est pas qu'une question de confort de pilotage ou de consommation un peu plus élevée. Le point commun aux deux cas, c'est le même risque : être incapable de manœuvrer l'avion autour de l'axe de tangage. C'est une vraie perte de contrôle possible, pas un simple désagrément.
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Centrage, maniabilité et stabilité : un compromis

Même dans la plage autorisée, la position exacte du CG change le comportement de l'avion en tangage. C'est le même mécanisme que pour les cas limites : la distance entre le CG et l'empennage horizontal fixe le bras de levier de la gouverne de profondeur.

Position du CGStabilitéManiabilité en tangage
Plus avantMeilleure — l'avion résiste davantage aux perturbationsRéduite — plus "lourd" à faire tanguer
Plus arrièreRéduite — l'avion réagit davantage aux perturbationsMeilleure — répond plus vite aux commandes

Un centrage plus arrière que d'habitude rend donc l'avion plus maniable (bras de levier plus court, réponse plus vive au manche) mais aussi moins stable (moins de bras de levier stabilisateur côté empennage, l'avion réagit plus vite aussi aux perturbations qu'il ne provoque pas lui-même, comme une rafale). Le détail de ce lien entre position du CG et stabilité est développé sur la page Stabilité.

Mnémo « Avancé = Assagi, Arrière = Agile. » CG avant : avion plus stable, mais moins vif à manier. CG arrière : avion plus vif, mais moins stable — et si on pousse trop loin vers l'arrière, on retrouve le risque du sujet suivant.
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CG très arrière : le risque de vrille

AILE QUI DÉCROCHE EN PREMIER AUTRE AILE — encore portante rotation — autorotation gouverne de direction — efficacité réduite par le CG très arrière

Pousser le centrage encore plus loin vers l'arrière que la simple limite dépassée aggrave un autre phénomène : un avion avec un centrage très arrière se met plus facilement en autorotation (vrille). Deux raisons se cumulent : la tendance d'une aile à décrocher avant l'autre (la dissymétrie qui déclenche la vrille) est aggravée, et la gouverne de direction perd de son efficacité pour s'opposer à la rotation qui s'amorce.

Résultat : la vrille devient plus facile à déclencher, et plus difficile à arrêter. Le mécanisme complet du décrochage dissymétrique et de la rotation est expliqué sur la page La vrille.